Der Deutschtiger

Apprendre l'allemand par la culture contemporaine

Livres

Je ne vous apprends rien de nouveau si je vous dis qu'il est important de lire beaucoup dans une langue pour s'améliorer... Mais j'aimerais quand même insister sur ce point. L'idéal serait de lire en allemand tous les jours : quelques pages d'un roman, un article de presse, un magazine, une page internet... A force de lire, vous allez retenir certaines structures, certaines associations de mots, du vocabulaire, etc. sans en avoir vraiment conscience. Et lorsque vous êtes amené à écrire ou vous exprimer en allemand, vous vous surprenez à sortir une expression ou utiliser un mot que vous ne vous rappelez pas avoir consciemment appris. Vous êtes pourtant certain qu'il est juste, que ça se dit vraiment. C'est tout simplement parce que vous l'avez lu et peut-être relu dans des textes sans vous en souvenir.

Avant de présenter quelques livres allemands faciles à lire, un mot pour attirer votre attention sur les romans policiers ou thrillers traduits en allemand. Il ne s'agit donc pas de romans allemands mais si le but est seulement de lire en allemand pour améliorer votre compréhension écrite, les traductions de romans policiers sont parfaits ! Et c'est surtout très gratifiant de pouvoir avaler un roman écrit en allemand sans avoir besoin du dictionnaire. Voici par exemple deux références très simples à lire (vous vous en sortez largement avec un bon niveau B2) : Jason Starr, Panik, traduit par Ulla Kösters et paru chez Diogenes en 2010. Egalement : Cody McFadyen Die Blutlinie traduit Axel Merz et paru chez Bastei Lübbe Taschenbuch en 2006. Ce dernier livre est le premier mettant en scène l'agent Smoky Barrett. Ce ne sont que deux exemples parmi beaucoup d'autres, en tout cas ces livres sont vraiment prenants.

Voici une petite sélection de livres faciles à lire (Orange : très facile. Bleu : un peu plus difficile. Vert : plus exigeant).

Il ne s'agit pas de livres simplifiés pour les apprenants ni de livres pour enfants.

Encore quelques conseils : les livres que j'ai classé orange et bleu sont abordables après une année ou une année et demi d'apprentissage intensif (c'est à dire consacrer plusieurs heures à l'allemand tous les jours). Bien entendu, je ne parle pas de comprendre tous les mots. C'est important de ne pas chercher tous les mots dans le dictionnaire. Cela coupe la lecture et rend la chose assez fastidieuse. Au mieux, ne cherchez un mot que s'il bloque vraiment la compréhension de l'histoire ou s'il réapparaît plusieurs fois. Il est important d'apprendre à décrypter le sens d'une phrase même avec des lacunes lexicales. Il faut également apprendre à discerner les mots importants des mots dont l'absence ne trouble pas la compréhension.

Enfin, les livres sont intéressants pour le vocabulaire mais aussi et surtout pour les structures de phrase et l'emploi des expressions ! Lorsque vous rencontrez une phrase intéressante parce qu'elle utilise un mot compliqué, eh bien notez-la dans votre carnet ! Je parle du carnet que vous avez toujours sur vous et que vous relisez à chaque occasion : bus, file d'attente, cours ennuyeux, et autres...

Cliquez sur les titres pour plus d'informations :

Der Seelenbrecher de Sebastian Fitzek

Sebastian Fitzek était invité à l'Institut Goethe pour présenter son roman Der Seelenbrecher. Sans avoir été à la lecture, j'ai quand même eu envie de lire le livre... et si vous aimez avoir peur, je vous conseille d'en faire autant :) C'est un psychothriller super efficace qui a le don d'allier un suspens halletant à un format original. Ce n'est pas très difficile à lire en allemand car il y a peu de descriptions, Der Seelenbrecher fait partie des romans qu'on commence et qu'on ne lâche plus jusqu'à la fin.

Sebastian Fitzek, Der Seelenbrecher, Knaur, 2008

Ruhm, ein Roman in neun Geschichten de Daniel Kehlmann

Ce livre est une merveille littéraire très facile à lire et génialement construit. Le format est déjà déroutant : un roman fait de neuf histoires. Il faut donc les lire dans l'ordre même si elles semblent au début indépendantes les unes des autres. Le format "nouvelles" rend le livre plus simple à lire pour les débutants car il est souvent plus aisé de lire des histoires courtes. Pourtant, les histoires sont reliées les unes aux autres mais de manière bien subtile. Il ne s'agit pas d'une histoire vue sous différents angles, mais de ponts qui se tissent au fur et à mesure de la manière la plus inattendue. Enfin, de nombreuses histoires traitent d'écriture et d'écrivains, Daniel Kehlmann introduit de belles mises en perspective littéraires entre l'auteur, le narrateur, le personnage et le lecteur, qu'ils soient eux-mêmes fictifs ou réels. Au point qu'on ne sait plus très bien ce qui relève de la fiction et de la réalité.

Daniel Kehlmann, Ruhm, ein Roman in neun Geschichten, Rowohlt Taschenbuch Verlag (rororo), 2011 (2010)

Wir Fliegen de Peter Stamm

Dans ce receuil de nouvelles très faciles à lire, Peter Stamm se penche sur des tranches de vie, des ouvertures sur le quotidien qu'un fait banal, inattendu ou singulier vient légèrement bousculer. Pour être plus exact, ce n'est pas le quotidien qui se trouve ainsi chamboulé, mais la perception que les protagonistes en ont. Que ce soit le bonheur ou l'absurdité, les sentiments sont décrits ou plutôt suggérés avec une simplicité efficace.

Le livre est très facile à lire pour les apprenants, les phrases et le vocabulaire sont à la fois riches et simples, pas de décoration superflue mais une bonne source pour qui veut améliorer son allemand. Enfin, le format de récits courts et particulièrement adapté aux premières lectures dans une langue étrangère.

Peter Stamm, Wir fliegen, Fischer, 2009

Eine Hand voller Sterne de Rafik Schami

Rafik Schami est né en Syrie et vit actuellement en Allemagne où il publie ses romans. La Syrie est très présente dans ses romans et plusieurs d'entre eux prennent pour terrain d'action Damaskus. Pourtant, Rafik Schami écrit en allemand, ce qui, déjà, force le respect. Eine Hand voller Sterne est un roman déployé comme un journal intime. Le protagoniste a 14 ans, il vit à Damaskus et rêve de devenir journaliste. Son voeu s'oppose aux projets de son père qui désire le voir reprendre sa boulangerie. Le style est très simple puisqu'il s'agit d'un journal intime écrit par un adolescent, ce qui rend le livre très accessible, même pour un niveau B2. Pour autant, le roman est "spannend", le lecteur est impliqué malgré lui dans le combat et l'évolution du protagoniste tandis que derrière son histoire, l'histoire du pays apparaît en filigrane. Comme le dit Rafik Schami lui-même, un roman se doit de rester "spannend", aussi beau soit-il par ailleurs, et ce, par respect pour le lecteur (Programme Durchlesene Nächte par Litcolony.de Source). Ce roman peut facilement faire office de premier livre lu en allemand. Il existe le livre audio lu par l'auteur lui-même.

Rafik Schami, Eine Hand voller Sterne, Deutscher Taschenbuch Verlag, 2008

Kindergeschichten de Peter Bichsel

Je sais que j'annonçais aucun livre pour enfants dans l'introduction mais les "histoires pour enfants" de Peter Bichsel sont loin de n'être que des histoires pour enfants. Elles se lisent à tout âge et plusieurs fois dans une vie avec le même plaisir mais pas la même expérience. Courtes, simples, elles véhiculent une force émotionnelle très intense avec une étonnante économie de moyens. Une narration simple, un vocabulaire simple, les histoires sont très faciles à lire. Il y a des jeux de mots et des situations loufoques irrésistibles. Les personnages décrits dans les histoires prennent les "choses au mot" si l'on peut dire. Les histoires sont très drôles, on peut vraiment en pleurer de rire. Et en même temps, il y réside une tristesse indescriptible, celle de la solitude et de l'incompréhension. Peter Bichsel fait partie des écrivains ayant reçu le célèbre prix du groupe 47

Peter Bichsel, Kindergeschichten, Suhrkamp, 1997

Glennkill de Leonie Swann

Ce livre est un roman policier un peu particulier puisqu'il met en scène des moutons. Après avoir découvert leur berger mort, ils décident de mener l'enquête afin de découvrir qui a assassiné celui qui, non content de les nourrir et de prendre soin d'eux, leur lisait des romans policiers à haute voix et projetait de les emmener en Europe.
Les moutons n'étant doté que d'un "schafsverstand" et d'une bonne volonté qui laisse parfois à désirer, leur enquête prend des tours et des détours qui donnent au roman un humour irrésistible. Les moutons n'étant pas particulièrement doués pour les abstractions, les concepts ou les descriptions, le roman est facile à lire pour des débutants.

Leonie Swann, Glennkill, Goldmann, 2005

Die Landnahme de Christoph Hein

Voilà un bijou littéraire accessible rapidement aux apprenants de la langue allemande. Ce livre est génial à bien des égards. Tout d'abord, la trame narrative recèle une richesse qui propulse ce livre dans la catégorie des oeuvres à lire plusieurs fois. Tout le roman tourne autour d'un personnage, Bernhard. Pourtant, le roman ne lui donne jamais la parole, il est décrit par d'autres personnages s'exprimant à la première personne (comme d'autres romans de Christoph Hein, Die Landnahme se déploie comme une enquête/reportage de la part d'un "méta-narrateur" invisible). Ces personnages dévoilent finalement plus sur eux-mêmes que sur Bernhard et c'est avec finesse et précision que Christoph Hein fait entrer le lecteur dans la logique qui anime chacun des personnages mis en scène. A travers l'histoire de Bernhard, c'est l'histoire de l'Allemagne d'après-guerre qui se dessine, vue et vécue par les habitants d'un village. Le titre fait référence à l'arrivée massive d'émigrés de l'est après la guerre. La méfiance envers les étrangers, la cruauté également y sont décrites sans complaisance pour le lecteur : pas de dénonciation facile d'une mentalité étriquée, mais la mise en évidence du désarroi et de l'absurdité qui ont envahi les nouveaux arrivants mais aussi et surtout les paysans victimes de cette "prise de territoire". La Grande Histoire est quant à elle présente, mais de loin, elle arrive par bribes dans ce coin reculé. Enfin, ce livre est extrêmement facile à lire, le schéma narratif permet un discours parlé qui rend le roman accessible aux apprenants de niveau B2.

Die Landnahme, Christoph Hein, Suhrkamp, 2005

Vielleicht ist es sogar schön de Jakob Hein

Dans ce roman, Jakob Hein évoque la mort de sa mère et revient sur des scènes de son enfance. A travers des scènes courtes et touchantes, c'est le portrait d'une femme et d'une relation qui se dessine mais également une vision de l'Allemagne et de l'histoire. Ce roman réussit le pari d'aborder le thème de la mort en gardant un style léger et non dénué d'humour. Tout en étant chargée d'émotion, l'histoire ne verse jamais dans le drame ou l'apitoiement. La langue est quant à elle très simple et pourtant soutenue. C'est là une grande richesse du livre : l'auteur adopte le ton du récit et la langue parlée de celui qui raconte tout en restant dans le registre soutenu.

Jacob Hein était venu présenter son roman à l'Institut Goethe de Paris en 2011 à l'occasion de la parution de la traduction française.

Jakob Hein, Vielleicht ist es sogar schön, Piper, 2005

Der Tod des Widersachers de Hans Keilson

Un homme raconte à la première personne comment, enfant, il a appris l'existence de celui qui allait devenir son ennemi et comment l'idée de la mort de son ennemi est devenue omniprésente. Cet ennemi n'est jamais nommé, les références historiques ne sont que subtilement suggérées et le roman acquiert une portée atemporelle, universelle, potentielle... Le lecteur y lit la montée du national-socialisme et de Hitler, pourtant le roman dépasse largement ce contexte, Hans Keilson décrit avec précision l'implacable mise en place de quelque chose qui dépasse largement les appréhensions individuelles et qu'un enfant ne sait définir tout en l'ayant pourtant bien saisi. Ne vous laissez pas impressionner par le monologue du début qui peut paraître difficile à lire, passé les premières pages, vous verrez que le livre est relativement facile à lire, pour un niveau B2-C1.

Es begann damit, daß Kinder meines Alters oder ältere, denen ich nie etwas zuleide getan, anfingen, mich zu peinigen und zu verfolgen. Bald stand ich allein. Daß es sich nicht mehr um die alten kindlichen Plagereien und Fehden handelte, merkte ich bald. Ihrem Verhalten lag ein bestimmter Gedanke zugrundem ihr Handeln verriert Überlegung. Sie schlossen mich von ihren Spielen aus.

Hans Keilson, Der Tod des Widersachers, Fisher Tashenbuch, 2010, p.51

Austerlitz de W.G. Sebald

par Johannes Kanig

In der zweiten Hälfte der sechziger Jahre bin ich, teilweise zu Studienzwecken, teilweise aus anderen, mir selber nicht recht erfindlichen Gründen, von England aus wiederholt nach Belgien gefahren, manchmal bloß für ein, zwei Tage, manchmal für mehrere Wochen. (page 9)

C'est la première phrase du livre Austerlitz, et si vous aviez du mal à déchiffrer sa structure, ce livre n'est pas (encore) pour vous ! Dans ce roman, le narrateur solitaire rencontre le personnage encore plus solitaire du nom d'Austerlitz, qui découvre, petit à petit, son passé.

L'histoire est assez difficile à décrire sans en dévoiler la majorité. Le narrateur rencontre Austerlitz, un homme plus agé mais sinon très similaire. Les deux se rencontrent plusieurs fois par hasard, mais finissent par devenir amis, et Austerlitz, entre des monologues sur l'architecture du lieu où ils se trouvent, commence à raconter son histoire personnelle, marquée par la deuxième guerre mondiale. Au début, les deux personnages sont en Belgique, mais au cours du roman, on passe par Londres pour finir à Paris.

Le livre a ceci de particulier qu'il n'a pas de chapitres, très peu de paragraphes, et des phrases très longues, parfois sur plusieurs pages, avec des énumérations sans fin. Le lecteur se trouve donc face à un texte assez difficile à pénétrer, seulement allégé par des images ou esquisses qui montrent une impression, un aspect de l'architecture d'un bâtiment, une vieille photo ...

Ce n'est donc pas une lecture facile ... L'effort est récompensé par une histoire intéressante, des réflexions surprenantes soit par Austerlitz, soit par son ami le narrateur, mais surtout des belles phrases, qui ne finissent pas, et des mots bien choisis. À lire si on a de la patience et une bonne maîtrise de l'allemand.

W.G. Sebald, Austerlitz, Fischer Taschenbuch Verlag, 2008